La vie semblait sourire à Svetlana, dont le cœur battait au rythme de l’amour qu’elle portait à Artiom. Elle croyait que leur avenir serait paisible et lumineux, et même l’idée de vivre sous le même toit que ses beaux-parents ne l’effrayait pas. Dans cette grande maison, le père d’Artiom, Guennadi Petrovitch, imposait ses propres traditions et attachait une importance presque sacrée à la naissance d’héritiers masculins. Il avait quatre fils et affirmait que leur lignée devait se poursuivre uniquement à travers des garçons. Lorsque Svetlana tomba enceinte, toute la famille était certaine qu’elle attendait un fils, et elle-même finit par croire à cette conviction tellement répétée autour d’elle. Mais le jour de l’accouchement, après une intervention difficile, elle apprit qu’elle avait mis au monde une petite fille en parfaite santé. Cette nouvelle, qui aurait dû être une joie pour tous, plongea la jeune mère dans l’angoisse, car elle craignait la réaction de son mari et de son beau-père. Artiom, venu la voir, resta froid et silencieux, incapable de partager son bonheur. Lorsque Svetlana rentra à la maison avec la petite Mila, l’accueil fut tendu. Le beau-père évitait même de regarder l’enfant, et Artiom s’enfermait dans son bureau après le travail, restant indifférent à sa propre fille. Les semaines passèrent ainsi jusqu’au soir d’hiver où Guennadi Petrovitch fit irruption dans la chambre de Svetlana, exigeant qu’elle quitte immédiatement la maison avec son bébé. Sans se soucier du froid glacial ni de la nuit qui tombait, il la chassa. Seule, tenant Mila contre elle pour la protéger du vent mordant, Svetlana erra dans la neige jusqu’à ce qu’un chauffeur compatissant l’aide à prendre un train et rejoindre sa mère, qui les accueillit avec tendresse. Peu à peu, la jeune femme reconstruisit sa vie. Elle trouva un emploi, s’occupa de Mila, puis rencontra un homme bienveillant nommé André, qui l’aima sincèrement et considéra Mila comme sa propre fille. Deux garçons naquirent de leur union, apportant encore plus de joie à leur foyer. Pendant ce temps, Artiom ne chercha jamais à revoir sa fille, tandis que sa mère, Maria Grigorievna, venait parfois en secret rendre visite à sa petite-fille, profondément peinée par les décisions de son mari. Les années passèrent, et un jour Maria révéla que peu après le départ de Svetlana, Guennadi Petrovitch avait été frappé par une grave maladie le rendant totalement dépendant. Elle s’occupait seule de lui, épuisée, tout en continuant à venir voir Mila lorsque c’était possible. Svetlana et André lui offrirent régulièrement un peu de répit en l’invitant chez eux, où elle pouvait profiter du calme et de l’affection de sa petite-fille. Pendant ce temps, la grande maison autrefois pleine d’autorité était devenue silencieuse, habitée seulement par le tic-tac des horloges et par les regrets d’un homme qui n’avait jamais su accueillir ceux qui auraient pu lui apporter de la chaleur et de la joie.