La fille avait une demi-heure de retard à l’entretien, et je ne l’ai pas embauchée. Une semaine plus tard, elle a renversé du café sur mon contrat d’un million de dollars, mais que s’est-il passé ensuite ?

Marc Ilitch était assis dans son vaste bureau plongé dans la demi-obscurité du soir et feuilletait une pile de documents, chacun représentant le curriculum vitae d’une nouvelle candidate pour le poste d’assistante personnelle. À trente-quatre ans, avec une entreprise stable et quatre magasins d’appareils électroménagers répartis dans la ville, il se sentait profondément désillusionné par les relations humaines, surtout celles qui concernaient les femmes. Un an auparavant, Alissa l’avait quitté. Elle, en qui il voyait un avenir commun, s’était révélée intéressée uniquement par le confort matériel qu’il lui offrait. Lorsqu’il avait refusé de lui acheter un appartement dans le centre, elle lui avait dit calmement qu’il n’était pas à la hauteur de ses attentes, puis était partie sans se retourner, vers quelqu’un de plus riche. Plus tard, il avait engagé Véronika, son assistante de confiance, qui trahit sa loyauté en vendant la base de données des clients fidèles à une entreprise concurrente. Suivirent des mois de procès et de nuits sans sommeil pour rétablir sa réputation. Ensuite, il engagea deux jeunes employées : l’une oubliait sans cesse des appels importants, l’autre mit un tel désordre dans les dossiers qu’il fallut plusieurs semaines pour tout remettre en ordre. Finalement, il trouva un peu de répit avec Galina Stepanovna, une femme âgée, ancienne secrétaire d’une grande entreprise. Sérieuse, compétente, honnête, elle incarnait la perfection professionnelle. Mais au bout d’un mois, elle présenta sa démission : ses enfants insistaient pour qu’elle prenne enfin sa retraite. Et Marc Ilitch se retrouva de nouveau au point de départ. Ce matin-là, il attendait Anna, vingt-quatre ans, formation moyenne, sans lettres de recommandation. Son CV était modeste mais rédigé avec soin. L’entretien était prévu à dix heures. Fidèle à sa ponctualité, Marc Ilitch arriva au bureau quinze minutes plus tôt. À dix heures, la jeune femme n’était pas là. À dix heures cinq, toujours rien. À dix heures quinze, il commença à s’irriter. À dix heures trente, prêt à partir, la porte s’ouvrit brusquement : une jeune femme essoufflée entra. Elle s’excusa vivement, expliquant qu’elle avait aidé une vieille dame perdue et manqué son bus. Petite, frêle, vêtue simplement d’une jupe sombre et d’un chemisier clair, sans maquillage, elle avait un visage sincère et de grands yeux bruns emplis de regret. Marc Ilitch la regarda froidement. — Vous êtes en retard de trente minutes, dit-il d’un ton glacial. Cela en dit long sur votre sens des responsabilités. Merci d’être venue, mais vous ne convenez pas. — Je n’ai pas voulu cela, répondit-elle d’une voix tremblante. La femme était perdue, je ne pouvais pas l’abandonner seule. — Les excuses ne manquent jamais, coupa Marc Ilitch. Un professionnel prévoit toujours les imprévus. Au revoir. Il se dirigeait vers la porte lorsqu’elle répliqua soudain, la voix ferme : — Vous savez, moi aussi je n’ai pas de temps à perdre. J’ai traversé la ville pour venir ici, j’ai aidé une personne âgée, et vous ne prenez même pas la peine de m’écouter. Trouvez donc votre candidate parfaite ! Elle tourna les talons et quitta la pièce avant qu’il n’ait pu répondre. Il resta figé, surpris. D’ordinaire, les candidates suppliaient une seconde chance. Celle-ci venait de le repousser. “Moi aussi je n’ai pas de temps à perdre”, pensa-t-il, amusé par son aplomb. Une semaine passa. Marc Ilitch rencontra plusieurs autres postulantes, sans succès. Il commença à se demander si le problème ne venait pas de lui : sa méfiance, son cynisme, son incapacité à faire confiance.

Share to friends
Rating
( 1 assessment, average 3 from 5 )
Leave a Reply

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!: