L’air de la cafétéria était chaud et parfumé de café, de vanille et de pluie d’octobre. Katia sirotait son cappuccino à la cannelle, observant les gouttes s’égrener sur la vitre comme des cartes imaginaires. C’était son rituel, un moment de calme pour se détacher du passé.
Puis la porte s’ouvrit. Serge entra, trempé et sans manteau, le regard fixé sur elle. Chaque pas qu’il faisait vers sa table faisait rétrécir son espace de sécurité.
— Katia, je dois te parler… — commença-t-il.
Elle resta silencieuse, le fixant à travers la vitre, laissant sa tasse comme bouclier.
— Nous n’avons rien à nous dire, Serge. — Sa voix était glaciale. — Et surtout, nous ne sommes plus “nous”.
Il parla d’un appartement et de pertes financières, essayant de l’entraîner dans ses problèmes. Elle posa doucement sa tasse :
— Ces problèmes sont les tiens, Serge. Tu as fait tes choix. Tu as investi pour ta vie avec quelqu’un d’autre. Ce n’est plus mon affaire.
Il tenta encore de la toucher, de l’émouvoir avec des souvenirs et l’idée de “famille”. Elle secoua la tête.
— Famille ? Il n’y avait qu’une illusion, et tu l’as détruite. Mes dettes ne sont plus les tiennes.
Katia se leva, laissa quelques billets pour son café, et sortit. La pluie lui fouettait le visage, mais elle souriait intérieurement : le poids du passé venait de tomber de ses épaules. Elle était libre, enfin. Sa vie lui appartenait. Serge restait derrière, seul avec ses ambitions et ses échecs.
Et pour la première fois depuis longtemps, Katia marchait vers l’avenir, légère et indépendante.