Une heure plus tard, je regardais sur une caméra cachée Alexandre et sa maîtresse, Valérie, manipuler ma voiture dans notre parking.
— Personne ne soupçonnera autre chose qu’un accident, disait-il.
Puis j’entendis le chiffre :
900 000 euros.
C’était le montant de l’assurance-vie qu’Alexandre m’avait fait signer trois mois auparavant.
Il en était le bénéficiaire principal.
Je ne l’appelai pas.
Je sauvegardai la vidéo et fis examiner la voiture par un mécanicien indépendant.
Le rapport confirma une intervention volontaire sur le système de freinage.
Ensuite, mon ancienne collègue spécialisée dans la fraude découvrit quelque chose de pire.
Une deuxième police avait été ouverte à mon nom sans mon autorisation.
Puis nous trouvâmes une déclaration d’accident déjà préparée.
Date prévue : le lendemain.
Lieu : la route de Fontainebleau.
À la fin du document figurait une note indiquant qu’une « solution alternative » devait être utilisée si l’accident n’était pas fatal.
Valérie était associée à cette seconde partie du plan.
J’ai alors compris pourquoi Alexandre m’avait demandé de rentrer dîner après mon excursion.
Mais à ce moment-là, mon avocat et les enquêteurs possédaient déjà toutes les preuves.
Nous avons laissé Alexandre croire que je prendrais réellement la route.
À l’heure prévue, je lui envoyai :
« Je pars maintenant. »
Quelques minutes plus tard, Valérie quitta son appartement.
Alexandre, qui n’était jamais allé à Lyon, la rejoignit.
Ils furent surveillés tout le long.
Moi, j’étais dans un bureau avec mon avocat.
Lorsque Alexandre m’appela plus tard, il demanda :
— Tout va bien ?
— Parfaitement.
Silence.
— Tu es où ?
— Avec la police.
Il ne répondit plus.
Les enquêteurs intervinrent peu après.
Dans les semaines qui suivirent, les éléments s’accumulèrent : vidéos du garage, rapport mécanique, documents d’assurance, faux formulaires et messages entre Alexandre et Valérie.
Les deux avaient également effectué des recherches détaillées sur mes biens hérités.
Alexandre ne voulait donc pas seulement les 900 000 euros.
Après ma mort, il espérait récupérer la maison et une partie importante de mon patrimoine familial.
Lorsqu’il tenta de prétendre que la vidéo avait été mal interprétée, les messages avec Valérie détruisirent cette défense.
Dans l’un d’eux, elle demandait :
« Et si elle ne prend pas la voiture ? »
Il avait répondu :
« Alors on utilise l’autre option. »
Je demandai immédiatement le divorce et modifiai tous mes documents successoraux et contrats d’assurance.
Les procédures pénales suivirent leur cours sur la base des preuves recueillies.
Je repris également contact avec mon ancienne compagnie d’assurances.
Quelques mois plus tard, j’y recommençai à travailler comme consultante indépendante en prévention de la fraude.
Ironiquement, Alexandre avait voulu utiliser mes anciennes connaissances professionnelles contre moi.
Ce furent précisément ces connaissances qui me sauvèrent.
Pendant longtemps, je me suis demandé quelle image me faisait le plus mal : mon mari sabotant ma voiture ou l’embrassant avec Valérie juste après.
Finalement, aucune des deux.
L’image dont je me souviens aujourd’hui est celle de moi assise devant mon ordinateur, regardant la vidéo et décidant de ne pas paniquer.
Alexandre croyait préparer mon dernier trajet.
En réalité, il préparait sans le savoir la preuve qui allait mettre fin à notre mariage — et me rendre ma vie.