« La meilleure vengeance après un divorce est d’acheter discrètement le garage où votre rustre de mari travaille comme mécanicien. »

La porte de l’atelier grinçait de manière insupportable. L’odeur d’essence et d’huile moteur me frappa le nez—le parfum de mon passé, celui dont j’avais fui si longtemps.

Au milieu du garage, sous une Ford suspendue par des chaînes, se tenait lui. Sergei. Mon ex-mari.

Toujours le même—dans sa combinaison graisseuse, un chiffon sale dépassant de sa poche arrière. Il criait après un jeune garçon, presque un enfant, et le son de sa voix me fit serrer la mâchoire.

« …tes mains ne doivent pas pousser de nulle part, pas tes épaules ! Je t’ai expliqué en russe clair comment faire ! »

Je m’avançai vers une petite cabine vitrée où le propriétaire de l’atelier était assis—un homme âgé, fatigué, aux yeux ternes. Il leva les yeux vers moi.

« Puis-je vous aider ? Si c’est pour cette bosse, il faudra voir avec les mécaniciens. »

« Ce n’est pas pour une bosse, » répondis-je en m’asseyant en face de lui. « C’est à propos de votre annonce—la vente. »

L’homme se redressa, intéressé.

« Ah, donc vous êtes acheteuse ? Vraiment intéressée ? »

« Plus que ça. » Mon regard se posa de nouveau sur Sergei. Il venait de taper légèrement le garçon à l’arrière de la tête—humiliant, mais pas violent.

Le propriétaire suivit mon regard et soupira lourdement.

« Oui, mes employés ne sont pas des anges. Surtout celui-là, » dit-il en hochant la tête vers mon ex. « Il crie sur tout le monde, fait fuir les clients. Mais c’est un vrai pro, impossible de le nier. Il manie les clés comme un dieu. »

Je souris pour moi-même. Oh, il savait manier les clés, certes. Il savait aussi me rappeler que ma place était dans la cuisine et que mes « petits programmes » étaient inutiles. Que sans lui, je n’étais rien.

« Combien voulez-vous pour tout ça ? » demandai-je en balayant les murs sales, les vieux ponts élévateurs et les outils éparpillés.

Il annonça une somme. Pour lui, une petite fortune—suffisante pour prendre sa retraite à sa datcha et profiter de ses vieux jours.

Pour moi—une fraction de ce que j’avais gagné grâce à mon programme de diagnostic moteur.

À ce moment-là, Sergei me remarqua. Il s’essuya les mains sur sa combinaison et vint vers la porte vitrée, scrutant à l’intérieur.

La surprise traversa son visage, rapidement remplacée par son habituel sourire méprisant.

« Eh bien, regarde qui voilà ! Qu’est-ce qui t’amène ici, Anya ? Ta voiture en panne ? Je t’avais dit que tu la tuerais en un mois. »

Il n’avait même pas imaginé que je pouvais être là pour une autre raison. Dans son monde, j’étais encore la femme désorientée qu’il avait jetée avec une seule valise.

Je regardai le propriétaire, ignorant Sergei.

« Je suis d’accord. Préparez les papiers. »

L’homme cligna des yeux, visiblement étonné. Il s’attendait à une longue négociation.

« J-juste comme ça ? »

« Juste comme ça. »

Je me levai. Une pensée me traversa l’esprit, tranchante comme un scalpel : la meilleure vengeance après un divorce, c’est d’acheter silencieusement l’atelier où travaille votre mari rustre.

Je me dirigeai vers la sortie, sentant son regard surpris sur mon dos. Il cria quelque chose derrière moi, mais je n’écoutais plus. Chaque pas sur l’asphalte était ferme et sûr. Le jeu ne faisait que commencer.

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