Léna posa sa tasse de thé et se laissa tomber contre le réfrigérateur. La soirée de décembre semblait interminable : réunion interminable, métro bondé, et à la maison… un frigo vide.
— Léna, tu es là ? — appela Dima avec excitation.
Elle ouvrit un œil : son mari rayonnait.
— Quoi de neuf ? — demanda-t-elle.
— Svetlana a enfin quitté Max ! — s’exclama Dima. Sa sœur, sa cadette, n’avait plus d’endroit où aller.
— Elle va rester ici ? — Léna sentit son cœur se serrer. Leur petit appartement à Butovo, leur refuge, allait accueillir encore quelqu’un.
— Juste pour quelques semaines, le temps qu’elle se reprenne.
Léna acquiesça, même si elle savait que “quelques semaines” pouvaient durer. Svetlana arriva, les yeux rougis, et s’installa comme si elle avait toujours vécu là.
Les premiers jours, elle restait sous sa couverture, triste et silencieuse. Dima la gâtait, Léna se taisait. Mais bientôt, Svetlana reprit un peu de vie, profitant de l’appartement comme d’un cocon.
Trois semaines plus tard, Dima eut une idée : utiliser la prime de Léna pour louer un appartement à sa sœur. Léna sentit une colère froide : elle avait travaillé dur pour cet argent. Pourquoi devait-elle payer pour quelqu’un d’autre ?
— Non, je refuse, — dit-elle fermement. — C’est mon argent. Je décide comment le dépenser.
La tension monta. Svetlana se sentait coupable, Dima frustré, et Léna, incomprise.
Elle décida alors de se consacrer à elle-même. Nouveau manteau, cosmétiques, livres, salon de coiffure… pour la première fois depuis longtemps, elle fit quelque chose pour elle, avec son argent durement gagné.
Svetlana finit par trouver un logement, et la paix revint dans l’appartement. Léna et Dima, enfin seuls, célébrèrent la nouvelle année à deux, savourant la liberté de choisir pour eux-mêmes et le droit d’être heureux.
Pour Léna, ce Noël fut la découverte d’une leçon simple : prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme, c’est vital.